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Charles Aubert PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Thierry Plée   
Lundi, 20 Juin 2011 09:13

 

2. Intervention de Charles Aubert

 

Et si nous nous gouvernions autrement ?

Attitude, comportement, gestuelle et relationnel dans les disciplines de type "budô", point de vue d'un néophyte patagon, ou il est tenté de montrer, d’une part, que les qualités essentielles des arts martiaux peuvent aussi se révéler en renonçant à l’agressivité et à la violence martiales et qu’elles peuvent alors s’appliquer à la vie quotidienne, d’autre part, que la manière d’être habituelle dans le quotidien peut passer de la violence pathologique à la non violence dynamique  et généreuse.

Par Charles Aubert, ancien enseignant en mathématiques, né en Patagonie orientale.

 

La "violence" dont je me propose de vous parler, c'est celle des hommes envers les hommes et celle des hommes envers les animaux, c'est aussi celle sur laquelle le moyen d'agir le plus important est et sera bien sûrement l'éducation, mais la question de la violence malgré ses airs brutaux et grossiers n'est pas simple : c'est une de ces subtiles questions sans solutions définitives et toujours posée : un travail d'humanisation : donc un travail de patience et d'humilité. Comme processus, la violence est la violence dont la fin est nécessaire pour que la société des hommes devienne humaine, ce n'est pas la violence de la nature, pour laquelle d'autres dispositions que des dispositions éducatives sont à prendre, ce pourrait être la violence des hommes contre la nature mais je n'en parlerai pas ce n'est pas mon sujet direct.

Presque toutes les communications qui ont précédé ont montré que la violence humaine envers les hommes et les animaux existe depuis toujours. Mais, je voudrais m'appuyer sur le bon sens pour utiliser une banalité : ces communications m'ont montré que la violence dépend beaucoup de l'œil de l'observateur ou de la société quand elle s'observe elle même : c'est un phénomène général avant de "voir", je vois pas : c'est le bon sens.

En effet parfois la violence se voit, parfois elle ne se voit pas, quand elle se voit, parfois on ne la voit plus, parfois on s'y habitue : nous pouvons nous rendre compte individuellement et collectivement de cela quand nous découvrons qu'un comportement auquel nous étions habitué est considéré comme violent par quelques uns puis par tous (et par nous mêmes pour finir) ; l'inverse est plus rare il me semble : ce qui apparait violent à tous reste violent pour tous mais réflexion faite, c'est faux : avec l'habitude la prise de conscience peut se perdre.

Je peux être rendu aveugle par mes propres habitudes, à l'inverse je peux être éclairé soudainement par une seule personne et, parfois sans bien comprendre parfois grâce à une argumentation et à un débat : c'est ce que je vis ici, c'est la possibilité que nous vivons ici grâce à ces interventions ou chacun peut s'adresser à tous et débattre : je vous en remercie (j'écris ce texte après le colloque pour rerédiger mon intervention, que je n'avais pas rédigée exactement sous la forme que je vous ai faite).

 

Intervenant dans ce colloque je souhaite attirer votre attention sur une forme de violence qui se manifeste dans la pratique des arts martiaux, qui est une forme particulière de  violence cachée, cachée par l'habitude et les coutumes, forme qui est en contradiction avec le code de respect du corps et de l'esprit de l'autre, code dont Jacques Vieillard a montré plus généralement les violations dans l'ensemble des sports. Je souhaite attirer votre attention et proposer une manière de pratiquer les arts martiaux qui ne serait plus en contradiction avec ce code de respect et qui serait un retour  à la tradition des budos si j'ai bien compris les intervenants qui en ont parlé c'est à dire Jean Marc Epelbaum, Serge Mairet, Gérard Baron et Henry Plée :

Que voit on souvent dans la pratique des arts martiaux ? Que voit on au moins fugitivement ? :

Est-ce un détail pour un art de l'extrême attention ? : je vois des visages, souriants au début de l'enchainement comme ceux des bons camarades de pratique qu'ils sont, se transformer souvent, contradictoirement avec l'esprit du début, en dureté, en rictus, exprimant plus la préoccupation de soi, que l'attention à l'autre, plus l'attention à la technique du geste qu'à l'ensemble du geste et à ses conséquences c'est à dire qu'à l'effet produit sur l'autre par ce geste ; et sans que jamais l'enseignant se préoccupe de corriger l'expression des visages et parfois aussi du sien.

Est-ce un détail pour un art du respect ? Je vois des pratiquants qui se mettent en garde mutuellement ; des épaules, des coudes, des poignets, des mains durs et crispés, des mains tendues comme des sabres ou des poings fermés, des mains produisant sûrement  un contact dur, de la domination, une atteinte à l'intégrité, un manque d’attention au corps et donc des effets éprouvants psychologiquement.

Est-ce encore un détail ? Je vois montrer la possibilité de casser, d'immobiliser ; j'entends parler de supériorité technique, de gagnant, de perdant, de dominant, de dominé et de violence à exercer, au moins avec le prétexte qu'un agresseur est là, tapi dans l'ombre, prêt a bondir sur nous et sur les êtres qui nous sont chers.

Je dis que je vois mais : est-ce que je vois vraiment puisque cela me parait "normal" et que j 'y suis habitué? Et évidemment vous aussi vous voyez très bien de quoi je parle.

Tout cela est  bel et bien justifié il est vrai par la martialité de l'art. Et pourtant tous ces comportements sont des comportements violents en contradiction avec le code de respect absolu du corps et de l'esprit de l'autre.

Ce que je vous propose maintenant c'est d'examiner de plus près, d’examiner ce qui se passe là, à partir d'une hypothèse que au fond nous connaissons tous et qui aide à comprendre ces mécanismes, ces automatismes, ces conditionnements: l'hypothèse n'est pas de moi, la voici :

"les pensées produisent des gestes (des expressions des visages, des paroles)     :       P    ----->      G

et "réciproquement": les gestes produisent des pensées                                             :       P  <-----__    G

évidemment cela fonctionne dans les deux sens : c'est un va et vient permanent     :       P        G

ces phénomènes se produisent à l'intérieur d'une même personne de A dans A :       A       A

ou de personne à personne, entre A et B                                                                   :      A       B

finalement pour schématiser le tout, on a à la fois : entre les deux pratiquants A et B et chaque pensée P

et chaque geste G de A ou de B :

A A B B

P G  G P

autrement dit de gauche à droite : la pensée de A produit un geste de A qui produit un geste de B qui produit une pensée de B  pensée de B qui produit vers la gauche une manière de réagir de B par un geste au geste de A, réaction qui produit un geste de contact sur A et pour finir une pensée sur A : l'aller et retour complet est ainsi parcouru à chaque instant : c'est banal et évident mais si on y pense je trouve que cela permet d'expliquer plutôt bien l'apparition de gestes et de pensées qui ne respectent pas le code du respect puisqu'elles engendrent des comportements violents : en effet pour le comprendre il suffit d'imaginer qu'un grain de sable c'est à dire une petite perturbation psychique ou gestuelle se glisse à une étape du processus : une pensée ou une faute d'attention dans un geste pour déclencher une "tempête" un peu plus tard dans le processus parce que ce sont des phénomènes psychologiques et corporels qui à tout moment peuvent se déformer ou s'amplifier, parce que le psychisme a d'énormes capacités imaginatives déformatrices, irrationnelles, parce que inconscientes, du type cyclone dû à un battement d'ailes de  papillon dont on parlé à leur manière Michaël Saïd, Antoine Laborde et Henri Plée (je pense que la partie reptilienne de notre cerveau est prête à s'emballer à chaque centième de seconde : cela a des avantages et les inconvénients dont nous parlons dans ce colloque).

 

Comment cela explique ce qui se passe ? C'est que le pratiquant se préoccupe de lui même et pas de l'attention à l'autre, dit autrement qu'il n'est pas conscient de son geste, c'est à dire qu'il se laisse envahir, accaparer, enfermer l'esprit par le geste qu'il veut faire pourtant avec soin et avec respect  au lieu d'étendre son attention aux effets produits par son état d'esprit sur les gestes qu'il produit et donc d'étendre effectivement son attention à son partenaire. Or le moindre écart d'attention sur chaque pensée, geste, muscle, chaîne de muscles ou d'articulations mis en jeu en lui-même ou chez son partenaire risquent de produire un effet de violence. Il suffirait qu'il le sache, le vérifie et en tienne compte.

 

Pour résumer, cela signifie que le pratiquant devrait  observer :

1) son propre état d'esprit

2) son propre geste

3) l'effet, c'est à dire tous les effets, qu'il produit sur son partenaire de pratique.

S'il ne le fait pas, cela est du à trois  raisons au moins il me semble :

1) c'est que le geste est technique mais que dans l'enseignement l'accent est mis sur le geste, accent qui isole le geste de l'effet sur le partenaire, effet corporel et  psychologique,

2) c'est qu'on ne dit pas assez que respecter l'autre est plus important que la technique,

3) c'est l'énorme difficulté technique qu'il y a à essayer de suivre en même temps des consignes martiales, c'est à dire des consignes de combat, et des consignes de respect.

Que faire alors?

Je vous propose ceci :

1) vérifier dans la pratique ces phénomènes sur vous-mêmes et sur les autres, mais je me doute que cette  vérification est inutile puisque en gros vous n'ignorez pas ces phénomènes puisque vous participez à ce colloque,

2).essayer autre chose, mais quoi donc ?

Pour cela il faut d’abord voir que ce qui nous réunit dans ce colloque, c'est ce qu'il y a de remarquable dans les arts martiaux.

 

Qu'est ce qu'il ya humainement de remarquable dans les arts martiaux ?

 

Comment expérimenter ailleurs et aussi fortement il faut le reconnaître :

- vivacité

- énergie

- dynamisme

- audace

- présence

- sentiment de vivre la vraie vie bien vivante et surtout le "to be or not to be ? ", le "couillu ou pas couillu" ? je rappelle que (voir l' exposé de Henri Plée) :

"pas couillu" = l'étape 1

"couillu"       = l'étape 2

"pas couillu" = l'étape 3 (beaucoup mieux selon lui que l'étape 1 qui est aussi  une étape de "pas couillu", mais qui n'a pas du tout les qualités souhaitées que l'on trouve aux  étapes 2 et 3, l'étape 2 est celle de la liberté par la violence pour échapper à toute domination, l'étape 1 est celle de la domestication et du renoncement à la violence et du coup à la liberté, l'étape 3 est celle de la liberté et du renoncement à la violence parce qu'il n'ya plus rien à prouver, preuves nécessaires à l'étape 2, l'étape 3 est celle de la liberté, de la paix et il me semble bien qu'il l'a dit, non seulement de l'esprit apaisé, non seulement de la sagesse qui à eux deux sont suffisants pour calmer le bouillonnement violent mais de l'amour ! plus fort que le besoin de ne jamais se laisser dominer, qui  permet peut-être d'accueillir sans violence un dominateur, de le comprendre, d'éviter de vouloir avoir le dessus : il me faut donc réécouter Henri Plée ou le lire pour vérifier que je n'ai pas rêvé... j'avoue que dans un colloque sur les arts martiaux, je n'en reviens pas, mais au fond chaque intervenant à sa manière a manifesté une grande générosité  de formateur et donc parler d'amour envers ses congénères humains n'est  pas si étonnant mais quand même il fallait l’oser.

 

Comment donc avoir une pratique ayant ces qualités humaines si vives ? Comment ne pas être condamné (par la "nature" de mon caractère « couillu ou pas » ou par ma "domestication" organisée par la société, si j'ai bien compris Henri Plée : sa "domestication" me fait penser à la "servitude volontaire" de la Boétie, l'ami de Montaigne), comment ne pas être condamné à l'insatisfaisante étape 1, l'étape de "domestiqué", indigne d'un humain "libre" ? comment ne pas rester à l'étape 2 qui, comme l'a bien fait comprendre Henri Plée avec toute sa générosité, est le lot des couillus qui s'en contentent répétitivement, comment la quitter sans que ce soit un renoncement, un retour non avoué et par faiblesse à l'étape 1 ? comment expérimenter l'étape 3 ? Celle de la bien vive sagesse qui n'a rien à prouver inlassablement, celle qui est celle du grand éveil à tout, à tous les possibles, et donc au possible de la violence qui pourrait surgir, mais seulement comme un des possibles parmi tous les possibles, un possible pas certain qui ne provoquerait pas le brouillard de l'esprit, la confusion, l'incohérence, qui ne  boucherait pas l'horizon, un possible qui n' empêcherait pas la sérénité et la sagesse, et enfin pourquoi ne pas aller vers cette étape dés le premier instant de la pratique ?

Or justement, la voie des budos, si j'ai compris, ce serait de déposer la lance, d'arrêter le combat qui n'en finit pas ? De se sentir vivant, sans  pratiquer la violence comme une drogue ? Il ya un peu le même problème dans tous les sports et aussi en dehors d'eux, par exemple dans la pratique théâtrale ou tout banalement, dans l'entreprise comme en a parlé Michaël Saïd : pour se sentir exister ou pour "être performant" un moyen énergique énergétique est d'être agressif, donc violent, de la part des pratiquants ou de la part des enseignants - formateurs - entraineurs - entrepreneurs.

 

Dans la vie quotidienne pour se sentir vivant le moyen ce serait par exemple selon André Cazetien, l'ancien instituteur et maire de Mourenx de s'entraider, pas de se concurrencer mais d'aller franchement vers l'amitié, vers la fraternité (fraternité qui me rappelle encore Henri Plée : à revoir donc), vers l'hospitalité de chaque instant.

 

Voici, en ce qui me concerne, une pratique qui a résolu une bonne partie de la question : la partie qui me concerne, directement moi, c'est à dire sans avoir besoin de  changer mon entourage, la partie qui ne dépend en somme que de moi à chaque seconde :

Il s'agit d'un art non martial : d'un art de l'adaptabilité qui a toutes les qualités humaines des arts martiaux que je viens de rappeler et où on enseigne, dés le début, de l'enseignement l'étape 3 de Henri Plée : tout simplement un art dérivé de l'aïkidô, mais dans lequel ,

1) on enseigne l'observation de la relation réciproque entre les gestes et les pensées à l'intérieur de chaque pratiquant  et entre les deux  pratiquants,

2) avec une technique aussi exigeante que celle de l'aïkidô, ou de tout art martial, ou de tout sport ou de toute pratique corporelle exigeante et le dynamisme et le sentiment de présence qu’elle provoque,

3) ce qui induit aussi dynamisme et sentiment de présence (d'être bien vivant) du pratiquant,

4) celui-ci n’est pas basé sur un plaisir semblable à celui que procure, comme une drogue, le plaisir du risque de la violence, de celle qui est tapie dans l'ombre domestique de nos psychismes, mais sur la joie du jeu, du jeu explicite, avec justement la présence d’esprit des pratiquants dans le dôjô et en dehors et dans la vie quotidienne.

5) on peut donc renoncer joyeusement à passer par la martialité de l’étape 2 et s’occuper sérieusement de l’étape 3.

 

Les règles de cet art de l'adaptabilité sont simples, mais étonnantes, j’insiste :

une "séquence" ou "enchainement" se fait sans parole comme dans l'aîkidô,

A attend que B vienne vers lui comme à l'aïkidô,

mais chaque séquence de pratique est une expérience "organisée" par A  au "bénéfice" de B, expérience dans laquelle A peut s’exercer progressivement à la question du respect du corps et de l'esprit de B grâce à des pensées et des gestes différents ou opposés à ceux des techniques martiales, concrètement (je souligne les différences d'avec l'aïkidô) :

1) A est "ouvert" d'esprit, c'est à dire accueillant,

2) B se prépare à être taquin : il donne son mouvement vers le centre de A en allant droit devant lui : pour essayer de le déstabiliser si c'est possible : c'est la consigne de jeu de cette partie de l'enchaînement clairement donnée à B et à A, et B est aussi attentif à A que A est attentif à B, mais pas pour des raisons "martiales"(c'est la différence d'avec l'aïkidô),mais par jeu et pour observer à deux  chacun pour ce qui le concerne le phénomène perturbateur, c'est à dire la possibilité qui se présente pour B de déstabiliser A, si A est accaparé par la technique au point d' oublier l'ensemble de son propre mouvement et qu'il en arrive même à oublier (!) son partenaire B,

3) B donne donc son mouvement vers le centre de A,

4) A aussitôt déroute B :

de sa   trajectoire corporelle en ligne droite,

de sa "trajectoire psychique".

5) en effet :

A qui "recevait" se met à "donner", c'est la surprise 1 comme en aïkidô,

A se met à tourner  sur lui même   c'est la surprise 2 comme en aïkidô, mais sans à-coup,

A pratique une technique non martiale c'est à dire qu'il pratique une technique corporelle et psychique ayant des effets non brusques, non brutaux et donc non violents tout au long de son exécution:

1) il dévie B sa trajectoire droite vers une trajectoire circulaire soigneusement tangente à la portion de droite trajectoire : comme en aïkidô, mais trés soigneusement, ce qui produit une conduite sans choc, sans brutalité, et même une sensation de danse ou B se "satellise" en douceur autour de A,

2) la rotation de A est la combinaison d'une rotation parfaite (d'horlogerie comme on peut l'observer sur internet sur des vidéos  au ralenti) autour d'un axe vertical et avec une très grande vivacité sans à-coup, combinée avec un mouvement vertical vers le haut ou vers le bas : ce que l'on appelle un mouvement "spiralé" qui entraine B vers le haut ou vers le bas et accroit l'effet joyeux du mouvement, sans l'effrayer du fait d'une brusquerie éventuelle  que créerait l'irrégularité du mouvement, et sans écraser B par un transfert de poids de A sur B, que créerait la variabilité  de la verticalité de l'axe de rotation,

3) la transmission du mouvement de A à B se fait avec une qualité de contact attentivement voulue, jusque dans ses conséquences psychologiques :

ainsi, par exemple, A prend contact avec B aussi affectueusement qu'il lui est possible, d'instant en instant, et porte son  attention d'instant en instant sur chaque maillon de la chaîne de transmission du mouvement, de ses pieds jusqu'au bout des pieds de son partenaire, en passant par chaque muscle et chaque articulation qu'il est capable d'observer, des siens à lui, A, et de ceux de B, et des différents contacts avec B,

4) les moteurs du mouvement sont les pieds, les centres de chacun  et  la respiration de chacun qui sont souvent synchronisées entre elles, les mouvements sont faits sans bruit avec une précision de chat,

5) les enseignants rappellent sans cesse des consignes pour veiller à la  douceur des mouvements et au sourire continuel et sincère, qui est de mise puisque la réalité est bien que ce que l'on pratique est d'abord un art du respect, sincère ; ensuite un art de l'adaptabilité enfin un art du jeu, qui sont tous de vieux arts qui exercent l'intelligence et l'humanité du pratiquant, et que donc, puisque il n'y a aucune ambigüité martiale, aucune attitude violente n'est  induite par ces consignes et ne vient donc à l'esprit  de chaque pratiquant : que la seule brutalité peut venir (par effet papillon), d'un manque de vigilance et d'observation de ces consignes principales (le reste étant secondaire),

6) 1+2+3+4+5=6 : tout cela provoque la surprise 3 de B : la douceur, l'acceuil, la générosité, l'hospitalité de chaque instant manifestée par A à l'égard de B, le soin effectif qu'il prend des chaînes musculaires de B, comme un bon kyné de confiance, (A peut même renoncer au mouvement initialement prévu si B n'arrive pas à le suivre : parce que la grande consigne, la consigne prioritaire après le respect de l'autre, est de s'adapter à l'autre et dans ce cas, s'adapter à B et le respecter, c'est se mettre à suivre B puisque B n'arrive pas à suivre A, parce qu'il est accaparé par son propre mouvement : c'est une consigne explicitement donnée à A, parce que la priorité des priorités de cet art est l'adaptabilité et le respect).

 

Le but simple et explicite de l'enchaînement est de faire vivre à B un moment de changement d'état psychologique grâce à ces 3 effets de surprise et par l'énorme surprise 3, due à la qualité du mouvement de A, à la qualité de sa transmission à B et du contact  de A sur B, qui provoque sur B un puissant effet de présence de A sur B, qui  par un sur- effet, le rend lui, B ,de surcroit, présent à lui-même (c'est une réaction en chaîne sans violence). L'effet est trés puissant, c'est la qualité des consignes explicites et de l'attention de chacun qui le produit.

 

Un autre but de l'expérience est pour A d'agir sur le corps de B au cours de la séquence, en étirant soigneusement une partie des chaînes musculaires de B, et cela aussi soigneusement qu'un bon kyné  et sans faire mal à B bien sûr. Il me semble que il y ait cela aussi dans l'aïkidô, mais le jeu est plus compatible que la martialité avec la "kinésithérapie" de A envers B.

 

C'est très bien n’est-ce pas ( si vous me suivez ) mais ce n'est pas tout : il y a aussi des effets inattendus et  très puissants de cet art "non martial" des effets immédiatement vérifiables, à la vue et en pratiquant.

1) effet immédiat : effet non martial

Pas de domination mais c'est inattendu, si vite : "égalité" entre A et B instantanément due je pense à la confiance provoquée par la qualité du contact et du sourire et de l'attention respectueuse. D'autant plus que, comme dans l'äikido, les rôles de A et de B s'échangent entre les deux pratiquants après chaque série de quatre séquences.

Pas de blocage psychologique, mais le bonheur d'être là, épanouissement, étirement, humour sans parole, exercice de la taquinerie non agressive, hospitalité.

Chacun se rend compte qu'il "donne" sa façon de recevoir : le receveur est donneur  et le donneur est receveur : il n'y a pas "technique d'abord" mais "attention d'abord" à une manière d'être qui consiste à être attentif  respectueux et adaptable. On retrouve des résultats des pratiques martiales mais beaucoup plus vite et sans ambiguité : même le débutant brûle les étapes !

 

2) effets martiaux de la non martialité :

Des effets psychologiques :

Deux "retournements" ("conversions", "révélations" !):

a) B au début de chaque séquence produit le mouvement, cette pure production en ligne droite, cet énergique élan produit  un peu d'agressivité en lui : il découvre en une ou plusieurs fois clairement que, fugitivement il projetait sur A et sur lui-même une fiction agressive : "il se jetait sur A" : le contact surprenant avec A produit cette découverte : en effet A le "reçoit" et se met aussitôt à  lui "donner" le mouvement, c'est la consigne expérimentale, mais plus précisément  A l'accueille lui B avec une telle hospitalité, avec une hospitalité si poussée jusque dans les plus infimes détails perceptibles que son attention est saisie : B réalise que, juste  un instant avant, du fait de la qualité dynamique de son geste, que la pensée de son geste n'était pas si respectueuse de A qu’il le croyait : le respect de A envers lui B était impensable ou plutôt inimaginable perceptivement parlant par lui, B, un instant avant que A ne l'accueille et  d'autant plus qu'il était tout à son affaire d'aller  tout droit vers le centre de A ; le respect de A à son égard lui apparait : il est surpris je l'ai dit : c'est le but de l'expérience humaine qui lui est proposée de vivre grâce à A : éprouver cette surprise, mais surtout le plus important est la conséquence de cette forme de surprise dans d'aussi bonnes conditions : elle  ne le déstabilise pas en permettant, par exemple, que le sentiment de la supériorité de A  l'envahisse et diminue ainsi son aptitude à utiliser toutes ses facultés, mais au contraire, déclenche sa présence d'esprit, son bonheur d'être là bien là et bien vif et au lieu de subir le mouvement que B lui donne ainsi, il se met a donner lui aussi son attention à son mouvement et au mouvement de A et à la personne de A : c'est l'expérience du "retournement" de B, obtenue beaucoup plus vite que par les attitudes martiales, et sans les inconvénients de leurs ambigüités dans l'exercice de l'art [ avec tous les avantages de l'entrainement dans le dojo à l'art de l'esprit d'adaptation, pour une vie quotidienne si on la veut non violente (choix de l'étape 3), mais dans laquelle on ne sait jamais si l'autre a, à l'esprit, le code du respect, ni quel effet pourrait produire sur lui une attitude martiale de type 2 ou 1].

b) A, lui aussi, est saisi par le comportement de B qui se met à recevoir activement le mouvement et qui lui donne du mouvement et sa respectueuse attention.,C'est le processus déjà vu d'aller et retour qui s'établit à chaque instant entre A et B, entre les pensées et les gestes.

J'ai tendance à dire que ni l'un ni l'autre ne dirige le mouvement.

 

Le rôle particulier de la respiration :

Les respirations  de A et de B sont synchronisées, celle de B est guidée par le mouvement qui lui est  transmis par A, la respiration synchronisée de A et B aide à la détente, à l'étirement, à la verticalisation, à l'équilibre, à la récupération rapide même dans des phases de mouvement très consommatrices d'oxygène, de manière à ne jamais manquer d'air, à ne pas se mettre en apnée pendant l'enchaînement, comme je l'ai vu pratiquer souvent, parce que l'enchainement "serait trop bref pour s'occuper de respirer" (voir ma remarque sur l'apnée), en particulier pour B, sa respiration bien conduite lui permet de conserver sa lucidité indispensable, malgré la tendance de sa lucidité à diminuer du fait de la consommation d'oxygène dans son sang, et, de l'effet de cette consommation sur son cerveau : phénomène qui constitue pour lui un jeu avec sa propre lucidité et avec celle de A : il s'agit pour lui en effet,  et s'il le veut, comme en aïkidô et partout ailleurs dans la vie, malgré cette difficulté physiologique qui pourrait lui faire perdre la tête ou renoncer, de continuer à être là d'instant en instant.

D'autre part, la respiration voulue, c'est une particularité de cet art du mouvement, est un puissant moteur du mouvement et de sa coordination

Remarque sur l'apnée :

J'ai  remarqué que, curieusement parce que cela parait inapproprié, lorsque nous faisons attention, nous avons tendance à retenir et même à bloquer la respiration : d'autres animaux aussi il me semble, est ce un réflexe qui nous (les animaux et les humains) vient d'une époque où le moindre bruit pouvait nous faire repérer et rater notre gibier, ou nous mettre en danger ?

 

Finalement quelle expérience humaine vit on avec cet art de l'adaptabilité ? :

La nouveauté psychologique qu'offre cet art, qui a une vingtaine d'années, qui dérive à la foi de l'aïkidô propre à Maitre Kobayashi à la deuxième étape de son enseignement, et des connaissances psychiques retirées de la pratique de l'observation " sans intention dans l'immobilité" que vous avez vue pratiquer par Daniel Lazennec à gauche  de la scène pendant le colloque, mais sans explications très poussées si je me souviens bien, est que cet art permet d'atteindre quelque chose de difficile , sans comportement agressif et sans psychothérapie [incertaine] : une conscience forte par les pratiquants  de leur corps et de leur psychisme, vivacité et présence d'esprit, agilité psychique et corporelle, calme.

 

Individuellement et dans sa relation à l'autre (et ensuite à tous les autres), le pratiquant a l'occasion d'expérimenter la fin des divisions internes en lui-même et entre lui et les autres, ou même entre lui et le monde d'une manière puissante et explicite. Cela faisant partie de l'enseignement parce que les gestes et les pensées, les siens et ceux de l'autre s'il n'en prend pas conscience, provoquent en lui de fortes perturbations qui l'égarent, le divisent, lui font perdre ses moyens et donc son humanité.

Cet art brise les miroirs de Bruce Lee, fait disparaitre les ennemis imaginaires, dissipe les brouillards de l'esprit (cf le film), c'est à dire fait rapidement évoluer les conditionnements psychologiques et corporels les plus communément répandus qui empêchent de voir la réalité et de s'y adapter.

La grande  étape 3 décrite si généreusement par Henri Plée à 90 ans me  semble être là et bien là, ou pas très loin :

l'audace

la vie intense et juteuse

la présence basée sur la présence aux corps et à toutes les perceptions

les hormones qui donnent la présence intense et un éveil relatif plus poussé

la liberté  et l'inventivité psychique et corporelle

l'expérience profonde de l'égalité, même entre débutant et pratiquant avancé

la joie du mouvement du corps et de la pensée qui s'exerce à faire à la fois plusieurs choses  complexes et subtiles,

l'extra ordinaire présence de l'un à l'autre : aussi fort que si on revenait de la guerre contre les ennemis : du Baroud ou de la Baston de la rue (j'imagine seulement car je n'ai pas cette dynamique expérience)  ou contre des fantômes imaginaires du "brouillage" martial  sur le tatami (je connais un peu).

L'adaptation de cet art de l'adaptabilité à la vie quotidienne est immédiate, ses effets sont très simples, mais aussi rapides et puissants : la conscience du corps entraine en cascade :

des gestes d'une qualité particulière,

le respect de l'autre,

l'adaptation à chaque interlocuteur menaçante ou pas,

met à portée d'expérimentation du débutant ce qui est le propre des maîtres, de l'esprit des Maîtres et surtout des maîtres sages (maîtres de l'étape 3).

 

Conclusion sur la voie des budôs :

 

1) L'expérience du dôjô sans ennemi imaginaire, débarrassée de ces fantômes martiaux, ne divise pas l'esprit du pratiquant entre ennemi imaginaire et ami ou compagnon réel de pratique,

2) le dôjô devient beaucoup plus proche de la vie quotidienne et alors, la non-violence et le code du respect vécus sans ambigüité dans le dôjô-laboratoire donnent l'entrainement et une méthode de comportement  pour inventer une voie non-violente  et dynamique d'instant en instant dans la vie quotidienne.

Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2011 14:03
 
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